6 Expressions du milieu des affaires à revoir pour être plus inclusif

6 Expressions du milieu des affaires à revoir pour être plus inclusif

Je me laisse aller avec un premier coup de gueule pour vous parler de 6 expressions utilisées dans le milieu des affaires qui devraient être questionnées, et peut-être même modifiées, pour avoir des entreprises plus inclusives.

En tant que rédactrice web, je me pose beaucoup de questions sur les mots, les expressions, et surtout ce qu’ils sous-entendent. La semaine dernière, avec Emma, on a parlé du terme “entreprenariat au féminin” et de ce que ça avait comme connotation. Cette fois-ci, j’aimerais qu’on passe à la loupe 6 expressions qu’on entend souvent dans le milieu de l’entrepreneuriat.

Je commence par plaider coupable. 😆 Ça m’arrive aussi d’utiliser ces expressions, soit par habitude, pour rejoindre certaines clientèles, ou carrément parce que je n’y ai pas pensé à ce moment-là.

Donc, mon objectif n’est pas de call out certaines personnes. Je t’invite simplement à te questionner sur l’utilisation de ces expressions dans ton entreprise.

Ready?

Dans aucun ordre particulier, voici les fameuses expressions sur lesquelles je veux qu’on s’interroge.

1. Quand on veut, on peut

Je pense que c’est une des expressions qui me trigger le plus, personnellement. Parce que ça vient complètement invisibiliser la notion de privilèges. En d’autres mots, je trouve qu’il y  a des gens qui veulent vraiment fort… mais qui ne peuvent pas. 🤷🏻‍♀️

Par exemple, si tu veux lancer un produit physique, tu as besoin d’investissement de départ. T’as besoin d’avoir de l’argent pour lancer ton projet. Pis si tu viens pas d’une famille moins fortunée, ça va être difficile, voire impossible. Si t’as pas déjà de l’argent, c’est aussi difficile d’obtenir un prêt d’une institution financière.

Dédé Fortin le disait : “Passe-moi la puck pis j’vais en compter des buts”.

Je sais pas t’as eu le temps et l’intérêt de regarder la série Maid sur Netflix, mais le personnage principal veut réellement se sortir de la pauvreté et de sa situation de violence conjugale, et elle n’y arrive pas si facilement, malgré toute sa bonne volonté.

Un autre exemple: Si t’es en burn out ou en dépression, j’suis certaine que tu veux en maudit t’en sortir… mais tu n’y arrives pas.

Dire “Quand on veut, on peut”, c’est placer la personne comme responsable à 100% de sa situation. Je suis d’accord que chaque personne est, dans une certaine mesure, responsable de tirer le maximum de sa situation actuelle, que ce soit dans sa vie personnelle ou dans sa vie professionnelle. Mais c’est faux de dire que chaque personne a les mêmes opportunités et les mêmes privilèges.

Une phrase qui pourrait remplacer le “quand on veut, on peut”, pourrait être de dire “Fais du mieux que tu peux avec ce que tu as.”

C’est plus inclusif, et ça prend en compte les privilèges et les oppressions.

 

2. Good vibes only

Ceux et celles qui disent toujours “on reste positif”, “juste des bonnes vibes” font preuve de positivité toxique.

Ça, c’est l’idée de garder un mindset optimiste et efficace dans toutes les situations. Le problème, c’est que ça entraîne le déni, et que ça vient minimiser et invalider l’expérience émotionnelle de l’autre personne.

Si tu t’entoures de gens qui font preuve de positivité toxique, tu peux avoir peur d’exprimer réellement comment tu te sens, ou même ressentir de la honte de pas être up la vie tout le temps et d’avoir des mauvaises journées.

Personnellement, j’encourage tout le monde à accepter sa vulnérabilité, en entreprise comme dans sa vie. D’ailleurs, je t’invite à regarder cette vidéo de l’autrice et chercheuse Brené Brown. Elle explique combien la vulnérabilité aide à créer des connexions authentiques.

Ne pas sentir qu’on a l’espace pour exprimer nos émotions “négatives”, c’est mauvais pour notre santé physique et mentale.

Je propose donc plutôt de remplacer “Good vibes only” par “All vibes welcome”.

 

3. L’énergie masculine versus l’énergie féminine en entrepreneuriat

Dans le milieu de l’entrepreneuriat, on entend souvent la distinction entre les énergies “masculines” et les énergies “féminines”.

Les énergies masculines, ce serait d’avoir de la drive, d’être bon pour négocier, d’être plus cru et plus direct dans ses approches marketing, d’avoir de grandes ambitions. De l’autre côté, l’énergie féminine, ce serait de faire davantage confiance à son intuition dans la prise de décision, d’être plus bienveillante. Le slowprenariat serait aussi associé à l’énergie féminine.

Mon avis: Quelle bullshit qui vient renforcer les stéréotypes de genres avec un gros marqueur fluo!! 💩

Oui, je pense et j’observe qu’il semble y avoir des pratiques, des attitudes et des objectifs différents entre les entrepreneurs et les entrepreneuses, mais non, je ne pense pas que c’est une question d’énergie ou d’une quelconque magie qui provient de la lune et des étoiles. Je pense que cette énergie-là a un nom: le patriarcat. 

Tu peux être doux sans être moins masculin. Tu peux être directe sans être moins féminine. Les traits de personnalité, ce n’est pas genré. En plus, la division entre énergie masculine et féminine en affaires ne prend pas en compte les personnes non-binaires.

Bref, plutôt que de parler d’énergie féminine et d’énergie masculine, on peut simplement parler de personnes qui entreprennent et qui se lancent en affaires avec des personnalités diverses et qui dégagent différentes énergies qui peuvent inspirer différentes personnes.

Ce qu'on appelle l'énergie féminine ne vient pas des étoiles ou d'une certaine magie, ça vient du patriarcat. - Annie Picard

 

4. Street Cred (l’abréviation de street credibility)

Avoir du Street Cred, ça veut dire d’”être accepté·e et respecté·e par les gens des quartiers pauvres, des quartiers plus rough”, selon Merriam-Webster.

Le Cambridge Dictionary affirme que c’est “une qualité qui permet d’être accepté·e par les gens ordinaires qui vivent dans les villes parce qu’on a le même style, les mêmes intérêts, la même culture ou les mêmes opinions.” On donne l’exemple: “De nombreuses célébrités prennent l’accent de la classe ouvrière pour accroître leur crédibilité dans la rue.”

Et finalement, dans le moins sérieux Urban Dictionary, la définition la plus populaire est “qui inspire le respect dans un environnement urbain en raison de son expérience ou de sa connaissance des problèmes qui affectent cet environnement.”

Évidemment, c’est ma traduction libre pour ces 3 définitions.

L’expression Street Cred, je la vois passer dans le milieu des affaires en référence à la notoriété et aux mentions dans les médias. Plutôt que de dire “tel·le qu’entendu·e sur tel podcast, tel émission, tel média… on va dire mes “Street Cred”.

Je trouve que ça pose problème parce que c’est une réappropriation d’un terme qui provient des communautés plus pauvres et plus vulnérables, dans un contexte de richesse et de capitalisme. Quelqu’un qui a du street cred a passé au travers des moments difficiles dans sa vie. On parle souvent de la pauvreté et de violence. Ça ne peut pas, à mon avis, être comparé aux difficultés en tant qu’entrepreneurs et entrepreneuses. 

Je propose de continuer à utiliser les termes notoriété, crédibilité, ou de dire “Tu as pu me voir, me lire ou m’entendre à tels endroits…”

 

5. L’argent est une ressource infinie 

Ok. C’est un sujet complexe. Je vais essayer d’être la plus claire, et surtout la plus concise.

L’argent, en tant qu’objet imprimé dans la vraie vie, est limité. Ça, on est tous et toutes d’accord là-dessus.La question est plutôt : est-ce que l’argent en tant que moyen d’échange est une ressource infinie?

D’abord, comme je l’ai dit, l’argent n’est pas une ressource, c’est un outil, un moyen d’échange. C’est un système qui fonctionne uniquement parce que les individus et les sociétés se sont entendus sur sa valeur et font confiance au système.

Mais l’argent devient uniquement tangible quand tu achètes quelque chose avec.

Et ces choses-là sont d’autres ressources qui, elles, sont limitées. La quantité de tomates produites par un champ, la quantité de pétrole qui reste sur terre, la quantité de terres rares pour produire des ordinateurs, etc…sont limitées.

Là, tu vas me dire “Annie, c’est pas fair, t’as juste pris des exemples d’objets physiques.” Fair enough, prenons des services comme voir un·e psychologue ou un·e coiffeur·euse. Ça fonctionne selon le temps disponible de ces personnes, c’est donc aussi une ressource limitée.

Et les produits numériques? Ils sont sur des serveurs, ça utilise donc aussi des ressources limitées, et le temps des personnes qui les créent est aussi limité.

Bref, ça amène la question plus large à savoir si on prend seulement les besoins de base (se nourrir, se loger, etc.): est-ce qu’il y a assez de ressources pour tout le monde? La réponse est oui. Présentement, il y a assez de ressources pour tout le monde, si elles sont bien utilisées et bien redistribuées.

Donc, c’est pour ça que plusieurs vont tenir l’argument de “Y’en a assez pour tout le monde.”

SAUF… si on fait du hoarding de richesse. Si on prend plus que ce dont on a besoin.

Et là je parle pas des gens qui font 100K$ par année. J’m’en fou de ton 100K$ par année. J’ai eu une conversation récemment sur l’instauration d’un revenu maximal, c’est-à-dire un montant maximum de richesse que les individus seraient autorisés à posséder, et après ça on leur donne un trophée “bravo t’as gagné le jeu du capitalisme, t’as fait le tour de la cassette”, pis le reste de la richesse générée est redistribuée.

On n’est pas arrivé à s’entendre sur le montant que ça devrait être. 10M$? 100M$? J’me rappelle pas. J’ai pas la bonne réponse à cette question-là, anyway. Et probablement que toi non plus.

Mais ce n’est pas vrai que l’argent et les ressources sont illimités. Arrête avec ta loi de l’abondance infinie. C’est de la bullshit.

Par contre, je veux dire que je ne suis pas contre l’abondance, tant que c’est partagé. Donc, l’expression que je propose à la place de “l’argent est une ressource infinie”, c’est “tu ne peux pas verser d’un pichet vide. Commence par remplir ton pichet, puis verse dans celui des autres.”

 

6. L’expression Queen

Premièrement, je veux qu’on se questionne sur le besoin d’utiliser ce mot-là. J’ai l’impression que ça vient peut-être encore du fait que certaines entrepreneuses ne sont pas à l’aise avec le terme “experte”. Queen, c’est plus funny, c’est moins sérieux… ça grafigne moins le syndrome de l’imposteur, non?

Parce que je ne vois pas autant passer le mot “king” du côté des hommes. À part Burger King ou le roi de la montagne. Donc, peut-être juste s’interroger sur pourquoi ne pas utiliser le mot experte.

Sinon, l’autre sous-entendu du mot Queen, ben, c’est la monarchie et la hiérarchie. C’est associé à se positionner au-dessus des autres, de nos sujets et gens du peuple. Les rois et les reines ont souvent fini par faire couper la tête, et la monarchie n’existe plus dans sur la majorité de la planète. Donc, Queen n’est peut-être pas un si bon terme à utiliser, finalement.

Sincèrement, pourquoi ne pas utiliser le vrai mot qui définit ce que tu fais dans ton entreprise et qui est clair pour tous et pour toutes.

Est-ce qu’il y a d’autres mots ou expressions que vous avez envie de questionner? Laisse-moi savoir en commentaires! 

 

Mentionné dans l’épisode

  

Annie Picard 

Annie Picard est rédactrice Web depuis 2014. Spécialisée en rédaction optimisée pour les moteurs de recherche, elle crée du contenu qui performe bien sur Google et sur Pinterest. Freelance, elle travaille avec les solopreneurs, les petites entreprises, les coopératives et les OBNL en écrivant des textes pour leur site Web et en leur offrant des formations spécialement créées pour eux. Quand elle n’est pas devant un ordinateur, vous la verrez en patins à roulettes aux pieds, dans un parc, une bière à la main ou en voyage à l’autre bout du monde.

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