Grossophobie et milieux de travail – Entrevue avec Edith Bernier

Comment faire pour accommoder une personne grosse dans son milieu de travail, sans faire de commentaires sur son poids? Est-ce que les préjugés entourant les personnes en surplus de poids comportent des risques pour celles-ci? 

Cette semaine, je reçois Edith Bernier, vulgarisatrice et consultante en prévention de la grossophobie et en inclusion des personnes grosses. On va jaser du vocabulaire à utiliser, de call in, de call out, et de quoi faire si on commet une erreur.

Mets ça dans tes oreilles!

Qu’est-ce que la grossophobie?

Pas le choix de commencer par répondre à cette question. La grossophobie, ça ne veut pas dire avoir peur des personnes grosses. C’est plutôt le fait de les rejeter, de les discriminer et d’avoir une certaine aversion envers elles. Bref, c’est l’ensemble des attitudes hostiles envers les personnes grosses, obèses ou en surpoids.

Quels mots utiliser pour décrire une personne grosse

…tout en étant politically correct

Évidemment, le mieux, c’est de demander à la personne comment elle s’identifie ou encore de porter attention aux mots qu’elles utilisent pour parler d’elle-même. Puis, d’utiliser les mêmes mots.

Pour Edith, le mot “obèse” est un terme médical associé à des pathologies, à des maladies. Elle préfère donc utiliser le mot “grosse”. Mais pour certaines personnes, il y a encore une connotation péjorative associée au mot. Certaines préféreront donc se dire “taille plus”. 

Il n’y a pas de réponse absolue, mais la communauté fat positive se réapproprie de plus en plus le mot gros comme étant un adjectif neutre. Il n’y a aucun problème à avoir une grosse maison, un gros salaire, une grosse 🍆 donc pourquoi devrait-il y avoir un problème à être gros, tout simplement?

Les préjugés envers les personnes grosses en milieu de travail

Pour plusieurs, les personnes grosses sont perçues comme étant responsables de leurs sorts. On pense que leur poids est le résultat de mauvais choix alimentaires et de mauvaises habitudes de vie. Pourtant, la génétique est responsable de la grosseur de quelqu’un dans plus de 70% des cas, spécifie Edith. 😮

Dans cette ambiance grossophobe, une personne grosse qui demande un espace de travail adapté est vue comme privilégiée. Pourtant, avoir un espace de travail adéquat devrait être la base pour toustes. 

Si une personne grosse n’est pas à l’aise de demander ce dont elle a besoin, et que son milieu de travail ne lui offre pas un espace sécuritaire pour s’exprimer, elle risque de se blesser. Ensuite, l’accident de travail peut venir “appuyer” les stéréotypes comme quoi les personnes grosses ne prennent pas soin d’elles. 

En tant qu’employeurs et employeuses, comment aborder le sujet?

Edith est donc d’avis que les ressources humaines ont la responsabilité de s’assurer que les besoins particuliers de leurs employés sont comblés. Sans pointer la question du poids, les responsables pourraient donc demander:

  • As-tu besoin d’équipement particulier ou d’ajustement à ton équipement de travail? 
  • Y a-t-il des améliorations que tu aimerais suggérer?

Parfois, simplement avoir des chaises de conférence sans bras peut faire une énorme différence dans le confort d’une personne grosse.

Que faire si on est témoin de grossophobie? – Call in versus call out

C’est tout à fait valide de ressentir de la colère, de la tristesse ou de la frustration si on est témoin ou victime de grossophobie. Rien de t’oblige à réagir publiquement ou à entrer en contact avec la personne responsable du tort.

Le call out, c’est de dénoncer la personne publiquement. Ça attire l’attention sur la situation tout en assumant que la personne avait de mauvaises intentions. Parfois, c’est la seule solution. Lorsqu’il est impossible d’entrer en contact directement avec la personne, par exemple.

Le call in, c’est d’adresser la situation en privé avec la personne concernée. C’est d’assumer qu’il s’agit d’un manque d’éducation plutôt que de mauvaise foi ou de méchanceté. Pour Edith, c’est la meilleure façon de rallier des gens à sa cause. 

Évidemment, personne n’est obligé de faire du emotional labor

Que faire si on accuse notre entreprise d’être grossophobe?

La première chose à faire est de reconnaître l’erreur. Il ne faut pas tomber sur la défensive, même si c’est difficile. L’important est de ne pas invalider l’expérience vécue de la victime en lui disant que c’est “juste une impression”, que c’est “dans sa tête”. 

Ensuite, fais un message d’excuses et prends des engagements pour faire mieux. (Et respecte-les!!)

Les entreprises peuvent trouver ça lourd à gérer, mais dans la société, les personnes grosses représentent près de 50% de la population, et même 58% dans certains cas.

Les personnes grosses sont la majorité  semi-invisible. On veut disparaître, mais on se fait dire qu'on prend trop de place.  - Edith Bernier

Comment mieux inclure les personnes grosses en entreprise? 

  • Pense au-delà de ta propre personne. Inclus les personnes grosses dans ta réflexion lors de la prise de décision.
  • Si tu fais des vêtements promotionnels, assure-toi d’offrir des grandeurs allant jusqu’à 4XL. Idéalement, choisis même plutôt des casquettes, des épinglettes ou un brassard plutôt qu’un chandail, par exemple.
  • Inclus dans les politiques de milieu de travail que la discrimination sur les questions de poids ne sera pas tolérée et même passible de congédiement.
  • Bannis les défis de pertes de poids au travail. 
  • Inclus des personnes grosses dans ton choix de stockphotos. Groupe Équilibre propose d’ailleurs une banque de photos (payantes) qui montre la diversité corporelle, mais tu peux aussi trouver des photos gratuites sur le site Unsplash.
  • Consulte l’article sur comment être un.e allié.e non gros.se
  • Invite Edith Bernier à aller évaluer ton espace de travail ou ta boutique, ou à faire une formation. 

 

Mentionnés dans l’épisode

  

Annie Picard 

Annie Picard est rédactrice Web depuis 2014. Spécialisée en rédaction optimisée pour les moteurs de recherche, elle crée du contenu qui performe bien sur Google et sur Pinterest. Freelance, elle travaille avec les solopreneurs, les petites entreprises, les coopératives et les OBNL en écrivant des textes pour leur site Web et en leur offrant des formations spécialement créées pour eux. Quand elle n’est pas devant un ordinateur, vous la verrez en patins à roulettes aux pieds, dans un parc, une bière à la main ou en voyage à l’autre bout du monde.

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